Jacques Vieille vu/e par Bénédicte Ramade

La nature de Jacques Vieille

Il suffit de remonter au début des années 1980, de feuilleter visuellement les réalisations de Jacques Vieille, pour comprendre combien cet artiste a su parfaitement comprendre l’obsolescence de la séparation cartésienne entre nature et culture qui sédimente notre conception de la protection environnementale. A posteriori, certaines de ses sculptures pourraient même se lire dans une perspective écologique. Non au sens d’un art écologique au fonctionnalisme réhabilitatif, mais bien au sens d’une conscience aiguë de l’interrelation féconde entre les systèmes naturels et nos sociétés. Les colonnes de bois confectionnées par Jacques Vieille pourraient ainsi constituer une parfaite métaphore de la vanité qu’il y a à ostraciser la nature lorsqu’elle est une création intellectuelle. Surtout à l’heure presque entérinée de l’Anthropocénie, cette ère géologique dont nous sommes involontairement les héros puisque l’on retrouve des traces de notre influence jusque dans la formation des roches dès le début de la révolution industrielle. Jacques Vieille, sans être le porte-étendard d’une cause ou d’un parti, a très tôt saisi l’ambivalence de la nature et l’a exprimée non pas avec pessimisme ...

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