Space Nurse Project (l’émetteur/récepteur), 2004

caisson epoxy, métal, moteur, gyrophare

80 x 90 x 120 cm

 

Le SNP est un caisson de communication autonome et individuel. Il est réalisé en résine époxy et son couvercle est en altuglass. Je l’ai entièrement façonné à la main selon les techniques de construction utilisées par les shapers de surf. Le dispositif se met en activité quand une personne s’approche en déclanchant la rotation d’un gyrophare et d’un pseudo-radar. L’absence de son et l’impression de flottement donne à l’ensemble une étrange sensation “spaciale”.

 

Selon Philippe Breton dans L’utopie de la communication, Le Mythe du "village planétaire" (éd. La Découverte, 1992) : "[...] Le pouvoir des médias, le quasi-monopole qu'ils exercent sur la circulation de l'information se sont affinés de façon sans équivalent dans l'Histoire humaine. La représentation de l'homme comme un être tout entier dédié à la communication et soumis à la tyrannie de l'image (à la fois la sienne et celles que lui apportent les médias) est devenue largement dominante. Le fantasme d'un village planétaire en forme de "cyber-space" se tisse chaque jour derrière la progression des très médiatiques "autoroutes de données". Parallèlement à cette apologie d'une "communication sans contenu", qui devient à elle-même sa propre finalité, la montée de l'intolérance, de la xénophobie, de l'exclusion et des idéologies qui en sont les vecteurs actifs n'a jamais été aussi forte depuis les années quarante. Un peu partout, ces forces obscures, que l'on croyait, sans doute par naïveté, disparues à jamais, font surface et repassent à l'offensive. Qu'il s'agisse des milices "blancs" les plus conservateurs, des mouvements nationalistes en Serbie, en Russie ou ailleurs, des mouvements xénophobes en France et partout en Europe [...]".

 

L'apologie d'une universalité planétaire sans contenu, les enthousiasmes naifs pour les mondes virtuels et le village global ont paradoxalement rendu attrayant le repli identitaire, le rejet de l'autre, comme moyen de retrouver de "vraies" racines. Le Space Nurse Project ne s'intéresse pas à la dualité entre le tout technologique et le retour à l'âge de pierre, et l'objet n'est pas de critiquer gratuitement la communication mais plutôt de s'interroger sur ses versants les plus excessifs et de faire la distinction entre les outils et l'usage que l'on en fait. L. T.

 

 

 

 

 

Vue de l'exposition à la Galerie Jacques Girard, Toulouse, 2005

 

 

Laurent Terras, Space Nurse Project © ADAGP, Paris, 2018