• Serge Provost

    vu/e par

    Felip Marti Jufresa

    Le Débarquement en Cerbère - HOMMAGE N°4 : GALI ET DALA

     

     

    C’était un jour… 

    C’était un jour d’été. Un jour de fin d’été. 

     

    Un ensemble hétérogène, jamais réuni auparavant, 

    se trouve face à la mer. 

    Ils parlent un peu, mais surtout ils attendent. 

    Qu’est-ce qu’ils attendent? 

    Que font-ils là, face à la mer, fouettés par le vent? 

    Ils attendent un débarquement. 

    LE débarquement? 

    Il attendent le débarquement de Dala et Galí. 

    Dans une petite crique aux alentours de Cervera de la Marenda, 

    par un jour pluvieux de fin d’été,

    ils attendent le débarquement de Dala et Galí. 

     

    De loin, un signe peut-être. 

    Non, ce n’est qu’une mouette qui s’envole. 

    Au fond, à droite! 

    Non… c’est un surfer qui profite de la tramontane.

    Là, oui, c’est eux. 

    C’est eux qui approchent dans un petit yatch, 

    conduis aimablement par une paire d’amis. 

     

    L’ensemble hétérogène se rassemble et commence à jubiler. 

    Le yatch approche encore, ralentit et s’arrête. 

    Des hourras jaillissent. 

    Sans annonce, pris par l’enthousiasme, 

    un homme plonge sans remords et courre à leur rencontre. 

    Il porte un bouquet de crevettes.  

     

    Après quelques hésitations, 

    Galí prend la petite échelle qui le mène à la mer. 

    Trempé, voilà qu’il aide Dala. 

     

    Comment sont-ils habillés? 

    Lui, parfait costard cravate. 

    Mais la cravate est rose, comme les crevettes. 

    Ce n’est pas une cravate à proprement parler, c’est une cracrate. 

    Une crevate. 

    Elle. Dala, Darling, Mua mua. 

    Radissante. 

    Gilet rouge à lèvres, robe blanche à neiges. 

    Elle est couronnée de fleurs. 

    Dala, Dalia, Darling! 

    Elle est ceinturée de sardines qui luisent de leur éclat argenté. 

    Elle est belle, toute sardinée, il est beau tout crevetté!

     

    Ils avancent, attirés par le monde, tirant le monde. 

    Ils sont près de la rive. Ils s’arrêtent. 

     

    Et là, 

    c’est dans le transport que l’assemblée disparate découvre qu’elle porte, 

    Dalia Darling, 

    un magnifique filet d’oranges à sa main gauche. 

    Des pipites oranges à presser!

     

    Ils sont déjà là, face à eux, près à annoncer leur vérité: la vérité de leur amour.

    Oh Dala, oh Galí! 

    L’éternité, l’absolu sont ici et maintenant convoqués. 

    “Ah, je t’aime Dala!”. “Hi, je t’aime Galí!”. “Ah, ma Dala!”. “Hi, min Guilí!”.

    Emportés par l’émotion de l’exposition de la vérité, 

    c’est presque toutes les oranges qu’ils se sont pressés. 

    Dégoulinants, c’est à la beauté du pays catalan qu’ils s’en prennent 

    et à la vertu de l’amitié ici rassemblée.

     

    Un tapis quadribarré et une scorte d’enfants bien parés guide leur sortie de l’eau. 

     

    Les voilà débarqués.

     

    Dans une petite crique norcatalane, par un jour de fin d’été, 

    une assemblée disparate s’apprête à fêter sans mesure 

    l’amour insensé de Dala et Galí.