• Jacques Vieille

    vu/e par

    Gérard Lapalus

    Piranèse-Doré

    Piranèse-Doré, 2009, Hespérides, Musée des Beaux-Arts de Lausanne (CH)

     

    L’escalier à double volée qui encadre la porte à pilastres et fronton de l’entrée du Musée Cantonal des Beaux-arts de Lausanne s’impose d’emblée comme un décor de théâtre, qui aurait pu être conçu et dessiné, dans sa rigueur toute classique, par un émule de Piranèse.

     

    Jacques Vieille a voulu conforter cette théâtralité en doublant les murs d’un véritable rideau de scène amovible et mouvant. Un minuscule détail de l’appareillage d’une construction que Piranèse a reproduit sur une des planches des « Antiquités de Rome » en est l’unique motif. Agrandi, systématiquement démultiplié, et imprimé sur du calque polyester, il compose une muraille fictive,  purement graphique. Dans un souci de symétrie, les éléments de ce mur sont parallèles avec les pentes des deux  escaliers et s’élèvent donc en une paradoxale inclinaison. Toutes les lignes convergent vers la porte et en renforcent la monumentalité. Découpé et suspendu selon le principe des rideaux à lamelles verticales, le mur dissimule ou dévoile tout à la fois. A l’imposante vision frontale, succède, lorsque les visiteurs s’engagent dans les escaliers latéraux, la découverte furtive, entre les bandes inclinées, d’un paysage de palmiers.

     

    Jacques Vieille a obturé les deux fenêtres encadrant la porte avec l’agrandissement d’un détail d’une gravure de Gustave Doré pour « Le Juif errant » d’Eugène Sue. Cette intrusion orientaliste est l’amorce discrète d’un mystère romanesque qui sourd au travers de l’austère rideau de scène. Cette pièce en un seul tableau qui se joue ici, utilise plusieurs registres en un savante mise en abyme  dans l’espace très connoté d’un musée: du ténébreux Piranèse, au romantique Gustave Doré, de la gravure traditionnelle aux supports synthétiques, du dissimulé au dévoilé, du statique au dynamique.